
René Dougoud est un mycologue suisse qui est un habitué des Journées mycologiques de haute Auvergne (JMHA), organisées par les membres de l'Association mycologique de haute Auvergne (AMHA). Il est spécialiste d'un vaste groupe de champignons que l'on nomme Ascomycètes, parmi lesquels l'on trouve les morilles et nombre de petites espèces dont Hymenoscyphus fraxineus qui est à l'origine d'une maladie qui affecte les frênes, la chalarose. René Dougoud est membre de l'AMHA.
La maladie du frêne ou chalarose
Depuis 2008, en France, un petit champignon parasite provoque le dépérissement progressif du frêne commun, Fraxinus excelsior, et du frêne à feuilles étroites, F. angustifolia. La maladie se manifeste par la mort du feuillage et des branches, puis à échéance plus ou moins brève, selon l’âge et la taille, la mort de l'arbre lui-même. La maladie a émergé en Europe dans le nord-ouest de la Pologne en 1992, où l’agent causal fut décrit en 2006. Le champignon provient de l’Asie de l’Est, possiblement par des importations de bois ou de graines. A noter pourtant, que dans ces régions, sa présence ne cause pas de dégât notable aux frênes. La raison, une longue coévolution avec le champignon. Le nom de chalarose est donné par l’un des agents responsable de la maladie, Chalara fraxinea, une forme du champignon invisible à l’œil nu, trouvée sur les feuilles et le bois malade. Plus tard en 2011, la forme visible du champignon fut décrite en Suisse, sous le nom de Hymenoscyphus fraxineus, observé en nombre au sol, sur les rachis des feuilles de frêne mortes tombées l’année précédente. De couleur blanche, porté par un pied court, il mesure entre 1 et 8 mm de diamètre. Depuis la date de sa découverte, la chalarose s’est propagée de l’Est vers l’Ouest de l’Europe. En France, la maladie a progressé à une vitesse estimée à environ 50 et 70 km/an. A ce jour, sa propagation rapide a transformé l’épidémie en une crise sanitaire majeure pour le frêne dans tous les pays d’Europe.
Le champignon se développe de la fin du printemps à la fin l’automne. Il affectionne particulièrement un climat doux, sur sol humide. La propagation de la chalarose se fait par les ascospores et conidies, que sont les organes de dissémination produits par le champignon. Ceux-ci se propagent par voie aérienne, surtout. En retombant, ils se trouvent également sur les feuilles du frêne qu’elles pénètrent, provoquant leur flétrissement. Des feuilles, via les rachis, le champignon colonise les branches, puis le tronc, sur lesquelles on peut observer les atteintes. Changement de couleur de l’écorce, rejets du feuillage et mort des branches supérieures, échancrures longitudinales plus ou moins étendue, puis atteinte du collet. La chalarose impacte des arbres parfaitement vigoureux et de grande taille, entrainant une mort lente, 3-5(-10) ans, mais rapide sur les jeunes plants et les semis, de quelques mois à 1-2-3 ans. Les peuplements denses, surtout jeunes, sont les plus touchés, les monocultures également, puisqu’elles émettent un grand nombre d’organes de contamination susceptible de les infecter.
Malheureusement, il n’existe aucune mesure phytosanitaire, que ce soit pour traiter les arbres malades ou pour stopper la propagation de la chalarose. Quelques arbres, 2 à 4 %, offrent une résistance permettant d’espérer sauver cette essence. Dans cette attente, des pays, dont la France, avec le programme « Chalfrax », ont élaboré des stratégies de gestion destinées aux acteurs concernés. Elles offrent des outils d’aide au diagnostic, à la décision pour la gestion forestière et la valorisation du bois de frêne, notamment dans le contexte de la maladie et de l’augmentation des abattages. Et comme l’espoir de sauver le frêne de la chalarose repose sur des individus tolérants, il convient de comprendre et d’utiliser la génétique naturelle du frêne, de prélever des greffons pour produire des clones et de tester leur résistance en plantations expérimentales. L’objectif étant de créer des pépinières à graines ou des zones de régénération naturelle basées sur ce matériel génétique résistant. Tout cela va prendre du temps !
L’ère moderne, le développement de la mondialisation, les facilités de déplacements des personnes et des transports de marchandises, sont considérés comme facteurs d’introduction d’espèces plus ou moins invasives et parasites. Ce phénomène est global. La présence des néomycètes (champignons non indigènes ou exotiques) est croissante. Rien qu’en Suisse, près de 300 néomycètes ont été découverts jusqu’en 2021. La majorité en provenance d’Amérique du Nord (un tiers) et d’Asie (un cinquième). Heureusement, tous n'entraînent pas de graves conséquences !
L'Association mycologique de haute Auvergne se tient à la disposition des personnes intéressées pour répondre à toute demande de précisions concernant notamment les champignons, les lichens et les plantes, y compris pour aider à la détermination d'une récolte. A cette fin, nous contacter via myco.haute.auvergne@gmail.com.