Mairie de Riom-ès-Montagnes
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L'Eglise Saint-Georges
Vous trouverez ici l'histoire de cette magnifique Eglise du XIIème siècle.

La charte de Clovis indique à Riom deux églises, Saint-Étienne et Saint-Georges.

L'église actuelle est dédiée à saint Georges; l'autre devait se trouver au lieu-dit "Suc de l'église". : Saint-Georges de Riom était un prieuré dépendant de l'abbaye de femmes de La Vassin à Saint-Donat, près La Tour d'Auvergne. L'influence auvergnate se lit tout particulière- ment au niveau du chevet. La maison de La Tour possédait un château tout près de l'église, déjà ruiné à la fin du XIV' siècle, qui devint une auberge en 1388. L'édifice, l'un des plus intéressants de la région, révèle plusieurs étapes de construction.

Les trois nefs et le chevet sont romans, le clocher date du XV' siècle : il reste les consoles de mâchicoulis, reliquats d'une époque troublée. 150 hommes furent placés en garnison pendant les guerres religieuses et l'église devint caserne et château fort. La porte qui ouvre sous le porche est du XIII" ou XIV" siècle. Trois voussures retombent sur des têtes barbues. De 1860 à 1872 on refit la façade, le pignon Est (sans grace), les pare-ments extérieurs des murs goutterots et les fenêtres, puis on posa une charpente monumentale pour couvrir le tout, si bien que l'aspect extérieur de l'église actuelle n'a plus rien à voir avec l'édifice primitif, exception faite du très beau chevet. Le clocher notamment s'élevait non à l'Ouest, mais au-dessus de la coupole.

La nef centrale est formée de trois travées ouvertes sur des collatéraux, suivies d'un transept non saillant donnant sur deux absidioles et le chœur, terminé en abside semi-circulaire. Les doubleaux de la nef retombent non sur des piliers cantonnés de colonnes, comme partout, mais sur de gros piliers nus sommés de simples impostes décorées de tor sades, de billettes ou de quelques têtes humaines aux angles. Tous les arcs de la nef sont brisés. 


Les bas-côtés sont voûtés en quart de cercle fractionné par des doubleaux qui, classiquement, sont surmontés d'une maçonnerie de rachat. La croisée s'ouvre par un arc à double rouleau surbaissé par rapport à la nef. La coupole est montée sur trompes elles-mêmes soutenues par des corbeaux sculptés. Les croisillons sont sous voûtes d'arêtes. La travée de chœur est séparée de l'abside par un doubleau, puis c'est l'abside, très étroite, décorée d'une arcature à colonnettes percée de trois fenêtres. Du transept à l'abside une série de, chapiteaux mérite un examen attentif. On reconnaîtra le fameux singe cordé, presque le même qu'à Saint-Amandin, dont on a parlé en introduction. Il y a un motif très curieux à côté, qu'on peut attribuer au sculpteur de Menet : une femme, tresses flottantes, tient par la main un personnage à genoux doté entre les cuisses d'un appendice très bizarre. D'autres personnages amusants sont de l'autre côté du transept: trois hommes dont un, au centre, adopte une attitude de bouffon. On trouve également des sirènes, mais l'une, au lieu d'un tronc humain, présente une sorte de masque effrayant. Nous n'avons pas la clef de cette étrange variation.

Ce sont surtout les deux chapiteaux du chœur qui doivent retenir notre attention. A gauche on voit un groupe de six combattants. L'un est à cheval, amIé d'une lance et d'un bouclier "nonnand", c'est-à-dire pointu en bas. A l'autre angle se tient un fantassin dont le bouclier est rond. Que n'a-t-on pas écrit sur ces boucliers! - Rochemonteix faisait le rapprochement avec la tapisserie de Bayeux (vers 1080) où l'on voit des fantassins à boucliers ronds et des cavaliers à boucliers pointus. Il en déduisait sans logique la date du chapiteau: 1060. L'abbé Trin, lui, fait référence aux croisades et rappelle cette convention des enlumineurs médiévaux de représenter les francs par des boucliers pointus et les infidèles par des boucliers ronds. Ce n'est guère mieux, d'abord parce que les combattants de Riom n'ont pas l'air de s'affronter entre eux mais fonDent au contraire un groupe solidaire, tourné dans le même sens.

Il faut y voir une simple scène de combat, montrant des guerriers et le résultat de la guerre (par exemple, au pied du personnage occupant l'angle gauche, sous la lame de l'épée, une main coupée).

Tous les combattants sont à visage découvert ce qui, je crois, n'a pas de signification spéciale. Ce sont des guerriers ruraux, sans tenue précise et à l'armement hétéroclite, d'où ces boucliers dépareillés. Le chapiteau qui lui fait face, à droite, n'est pas moins compliqué. Un homme, un genou à terre, est maintenu au poignet par un autre au centre de la corbeille. Une corde est nouée autour de son cou, tenue à l'autre extrémité par un personnage assis qui est visiblement l'acteur principal de la scène. Un serpent passe sur son ventre puis sous son bras pour coller sa gueule contre son oreille. Enfin un autre personnage caché derriète son bouclier présente une lourde épée à l'homme assis. Ce dernier ne peut être qu'un juge à qui on présente un suspect. Le serpent souffle à l'oreille du juge ses mauvais conseils. L'épée est le symbole de la justice seigneuriale en même temps que l'outil de la sanction. "Vir militari gladio accintus", disait-on par périphrase du seigneur justicier, c'est-à-dire "homme ceint du glaive militaire". C'est donc à n'en pas douter une scène de jugement, et aussi une scène d'exécution puisqu'à l'autre extrémité de la corbeille, à gauche, un dernier personnage tenant une lourde épée s'apprête à décapiter lé-condamné. Il faut donc lire le chapiteau dans le sens de la marche, soit de droite à gauche.

Faut-il établir un lien entre ces deux chapiteaux ? Phalip explique comment notre époque romane fut le lieu d'exactions seigneuriales permanentes. Le seigneur est une brute et un mauvais juge (d'où le serpent). Même si les deux chapiteaux sont indépendants, il reste que celui de droite exprime bien la crainte du jugement inique et, à tout le moins, une certaine réserve quant à la qualité de la justice seigneuriale. Il est possible que tout ceci renvoie à un événement contemporain particulier, que nous n'avons pas retenu. Un chapiteau de Conques est très comparable à celui de Riom. D'une exécution beaucoup plus soignée, il présente de même un noble assis à qui on présente d'une part une épée, d'autre part un justiciable (une femme) tenu par un sbire. Là aussi on retrouve le serpent par-devers le juge, maintenu par un autre personnage. Les deux scènes sont si comparables qu'elles sont évidemment liées. Soit il s'àgit du même sculpteur, soit l'un a copié l'autre. On propose généralement le chapiteau deConques comme la condamnation de sainte Foy, mais celui de Riom ne présente pas de femme, et l'accent est mis sur le seigneur, non sur le condamné. La scène est égalememt inversée: le condamné de Conques est à gauche du seigneur, celui de Riom à droite. Pour toutes ces raisons je suppose qu'il y a plutôt libre adaptation que copie. D'autres sculptures énigmatiques nous attendent dans l'abside, encadrant la fenêtre axiale.
A gauche la scène représente deux personnages aux angles dont l'un semble nu. Tous deux tiennent d'une main un même faisceau d'épis de blé, et celui de gauche tient en outre ce qui a tout l'air d'être une grosse grappe de raisins. Scène bucolique de vendanges et de moisson, apparemment, ou symbolisation de J'eucharistie qui se produit non loin. Mais alors que vient faire ce serpent qui siffle à J'oreille du vendangeur? - C'est selon Saunier l'offrande de Caïn. A droite un visage barbu aux traits assez fins sort des feuillages. Sur sa poitrine, une croix inscrite dans un cercle. Serait-ce l'hostie? Et J'homme, serait-ce Dieu "sortant" de l'hostie? On se perd en conjectures. En tout cas on reconnalt là la patte de sculpteurs venus de Basse-Auvergne, qui ont multiplié là-bas ces têtes prises dans les feuillages. Dirigeons nous maintenant vers le chevet de l'église, à l'extérieur. Au passage on peut remarquer une croix remarquable de naïveté, coté Sud. L'abside principale est divisée en trois parties par deux colonnes-contreforts dont les chapiteaux soutiennent une corniche à damier. Les modillons des absidioles sont rongés mais ceux de l'abside, d'une pierre moins poreuse, sont uniformément à copeaux.

Un bandeau à billetes forme sourcil au-dessus des baies. Ces éléments accusent nettement l'influence de la Basse-Auvergne. Un chapiteau représente, autour d'un arbre, d'une part un centaure rieur, d'autre part un personnage plaquant sur sa poitrine un serpent et un animal indistinct à six pattes. C'est la représentation classique de la luxure, des mauvaises passions nourries de notre propre substance en témoignage de notre bestialité. Le centaure est lui-même une représentation des bas instincts, de notre part d'animalité. Si les centaures de Veyrieres sont apparemment décoratifs, celui-ci porte un symbole. L'autre chapiteau montre entre des feuilles un personnage tenant un serpent, mais il s'agit sans doute du serpent-instrument, sorte de flûte archaïque flexible recouverte de cuir. Remarquez la difficulté qu'a éprouvée le sculpteur à rendre la position du personnage, un genou en terre.



En résumé, l'église de Riom se caractérise par l'étrange agencement de ses parties intérieures, une influence auvergnate indéniable et surtout la relative obscurité de ses sculptures.

Extrait de l'ouvrage de Pierre Moulier, en vente en librairie à Riom-ès-Montagnes.