Le Pays Historique de 1930 à 1940

Lors des élections municipales de mai 1935, Fernand Brun, déjà très affaibli par la maladie, livre son dernier combat politique. Il fait alors une liste d’union et de conciliation avec celui qui fut longtemps son principal adversaire politique, Marc Fonteilles. Face à lui, la liste socialo-communiste conduite par P. Trin qui fut de nombreuses années son premier adjoint. Alors âgé de 67 ans, dont 40 ans de vie politique, Fernand Brun est fatigué de lutter et n’aspire plus qu’au repos « Je veux la paix pour ma commune, la paix pour mon pays, et au risque d’être taxé de cléricalisme ou même de gâtisme, j’ai adopté pour devise ce verset liturgique: « Paix aux hommes de bonnes volontés », déclare-t-il lors de sa campagne électorale». Le 1er tour est un triomphe pour sa liste. Tous ses candidats sont élus, sauf Léon Chappe qui se désiste au deuxième tour au profit du Docteur Georges Delteil. Au conseil municipal qui suit ces élections, M. Ménardie, directeur de l’usine de diatomites, est nommé premier adjoint, et M. Antoine Tible, second adjoint. Lors de cette séance, Fernand Brun proclame : « Aussi bien dans nos modestes fonctions que dans les hautes sphères du pouvoir, un mandat public réserve toujours à celui qui l’accepte au moins autant de déceptions et d’amertume que de gratitude et de considération.» Puis la santé de Fernand Brun s’aggrave. Il ressent des douleurs très violentes dans la région lombaire. Après 3 ans de maladie, le vieux lion rend l’âme le 12 octobre 1936. Des obsèques grandioses sont organisées. De nombreux élus et personnalités participent à cette manifestation. Dans le salon de sa résidence transformée en chapelle ardente, la foule ne cesse de défiler toute la matinée autour de son cercueil. De nombreux discours relatent sa brillante carrière.

Né en 1867 à Riom-ès-Montagnes, Fernand Brun est élu pour la première fois maire en 1898, il occupera cette fonction sans interruption pendant 38 ans, en même temps que député de l’arrondissement. Parlementaire, le Riomois est membre de grandes commissions, tout particulièrement la commission de législation civile et criminelle, dont il a été longtemps vice-président. Fernand Brun a collaboré à l’étude et à la rédaction de nombreuses lois et se fait souvent alors l’avocat des classes moyennes. Siègeant au Palais Bourbon sous l’étiquette du parti radical-socialiste, il rejette les extrêmes et combat aussi bien ses amis socialistes qui s’allient au Parti Communiste qu’aux partisans de la droite extrême. Avec des députés radicaux, Fernand Brun tenta de monter une force centriste. Mais ce mouvement échouera, ce qui le conduira à renoncer à la députation. Le Riomois est élu pour la première fois conseiller général en 1901. À l’Hôtel du Département, il contribue efficacement à l’électrification en milieu rural , à l’amélioration du réseau routier sur notre région, à la mise en place des services d’autobus et au développement du tourisme. Sa carrière d’avocat s’est surtout déroulée à Paris, il était notamment l’avocat-conseil de la corporation des laitiers nourrisseurs et de celle des marchands de métaux. Fernand Brun a été pendant près de 40 ans l’animateur et le directeur politique du Réveil du Cantal. L’un des ses plus proches collaborateurs dans ce journal, Justin Bourgeade, nous décrit ainsi sa forte personnalité : « Il n’est pas exagéré de dire qu’il personnifiait la cordialité dans sa forme la plus attrayante. Son abord était si avenant qu’il mettait tout de suite en confiance le plus humble de ses interlocuteurs ; et sa parole harmonieuse et limpide qui coulait de source comme les ruisseaux de chez nous, achevait de créer autour de lui une atmosphère de sympathie. Il possédait au suprême degré la science de l’éloquence et celle, plus subtile, de la causerie. Sa bonne humeur était communicative et sa verve étincelante, qui se manifestait en toute occasion, achevait de lui conférer le don d’entraîneur d’hommes. Doué d’une santé florissante et d’un appétit robuste, débordant de vitalité, il faisait largement honneur à la bonne chère et aux bons vins du terroir français. Excellent convive et meilleur amphitryon encore, il avançait dans la vie avec cette tranquille assurance que donne un parfait équilibre physique et intellectuel… Sa sollicitude embrassait tout ensemble les citadins et les ruraux dont il connaissait admirablement les besoins et les aspirations. Il aimait à se mêler aux paysans dans les foires, à serrer leurs mains calleuses, à se documenter sur leurs préoccupations. Il appréciait hautement l’honneur d’être à leur tête comme Président du Comice agricole et nul plus que lui, ne connaissait les ressources agricoles et le réseau routier qu’il avait projeté d’achever d’un coup au moyen d’un vaste emprunt…»

(Sources : Le Réveil du Cantal des 3 mai 1935, 7 mai 1935, 21 mai 1935, 10 janvier 1936, 13 octobre 1936)